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Cher Père Noël,
Cette année, tu vas être content, je m’y prends en avance pour ma bafouille (pas comme pour les impôts).
C’est parce que je viens juste de couper la radio : on y annonçait trop de choses horribles : actes terroristes, morts, crash d’avions, morts, SDF mourant de froids tous seuls dans les bois faute d’hébergements décents, guerre au PS, chômage, crise, crise, crise. Mais bon, on y disait aussi, en guise de bonne nouvelle (le chat Mesrine et moi, ça nous a enfin fait sourire) que la Poste venait d’embaucher, comme chaque année, 60 secrétaires du Père Noël, pour répondre aux nombreuses lettres comme celle-ci que tu vas recevoir... C’est chouette, on s’est dit, en grignotant la plante verte et quelques croquettes qui trainaient dans notre bol, ca fait du boulot et du bonheur pour plein de gens !!
Des lettres d’enfants par milliers, réclamant des Playstations, des jeux électroniques, des Ipods Touch, une petite sœur (quelle drôle d’idée), des gants de boxe, une dinette, etc. Bref, des milliers de lettres de toutes les couleurs, avec des cœur sur les « i » et des dessins maladroits de bonhomme têtards rouges et blancs, des étoiles et des sapins…
Et parmi ces lettres d’enfants à grosses lettres maladroites, comme tous les ans, des lettres avec des écritures plus petites, plus sérieuses, et parfois tout aussi appliquées, qui sentent les pleins et déliés du certificat d’études... C’est parce que de nombreuses « grandes personnes » écrivent au Père Noël. Ils dessinent des maisons avec jardin, des voitures, des fiancées… Ils font des collages, ou simplement des listes, ou parfois encore des vraies lettres, un peu comme des lettres de motivation pour justifier leur souhait…Parfois encore, ce sont de « vieilles personnes », qui écrivent juste pour être sûres d’avoir au moins un courrier pendant les fêtes…un courrier amical du Père Noel (ou de sa secrétaire), pour lui dire que quelqu’un pense à vous, Lucette... et que vous n’êtes pas seule.
Chaque année, le Père Noël existe pour des milliers de gens qui se prennent à espérer un miracle, comme les enfants.
N'en déplaise à ceux parmi mon (nombreux) lectorat qui sont affublés de moutards de diverses tailles et âges et trouvent ça mégagénial d'élever des petits d'hommes pour le bien de l'humanité, l'Homme et moi subissons depuis notre rencontre une malédiction épouvantable qu'il me soulage de partager.
Où que nous allions, à partir du moment où c'est un endroit dont on ne peut pas trop s'enfuir (train/cinéma/avion/plage), dès que nous sommes installés, c'est systématique, un ou plusieurs gamins démoniaques et leurs parents débordés se collent à nous immédiatement.
La semaine dernière, en villégiature estivale au bord de l'eau dans le Sud (trad = ayant passé une semaine à cuver le cubi de rosé pour faire glisser l'anchoiade sur la plage), le destin s'est acharné.
Le mardi, tiens. A peine avait-on posé un coin de fesse sur nos serviettes (précautionneusement de bonne heure et au beau milieu d'une plage à presque déserte) qu'un placide maitre nageur est arrivé, flap, flap (bruit des tongs rouges, signe du devil sans doute), trainant une ligne d'eau. L'Homme a levé un sourcil derrière le Canard. Le maitre nageur est entré dans l'eau. Il a posé sa ligne à 10 mètres à gauche de ma serviette, a décrit un arc de cercle puis a terminé de la poser à 10 mètres de la serviette de Phil). Puis est reparti. Phil avait pas reposé sa tête que 50 gamines sont arrivées en hurlant et en se tirant les nattes devant nous, où elles ont commencé à s'ébattre... Le reste de la plage était toujours désert.
A plusieurs reprises, du reste, la malédiction a frappé : plage à moitié déserte, Phil et moi, bien installés. Ouiiik, bruit infernal de poussette précédent invasion de famille allemande de 4 enfants qui commencent tout de suite à chouiner, avant de passer carrément aux hostilités...en sautant sur leur mère tous ensemble (la pauvre essaie de se défendre et proteste mollement alors que les monstres s'assoient sur sa tête en riant comme des damnés et elle, elle dit "Kevin, oh, Kevin arrète, tu fais mal à Maman, pendant que l'autre rigole encore plus en lui mettant des claques sur les fesses ?!?)
Le samedi, dans le train, en 1ère, c'est Ainoha, 18 mois, qui a passé le voyage à nous traiter de "crotte de caniches" en riant comme Chucky depuis le siège avant, nous filant des coups de pied par en dessous et parcourant la rangée en tombant tous les 3 mètres (boum/ pleurs interminables/consolation bruyante de maman via paquet de chips/ cracracrac/bruits de courses/hurlements genre croates massacrés par les serbes...). 4 heures ça a duré.
Lors de nos dernières vacances, dans l'avion du retour, alors que j'égrennais des Pater Avé en caressant une patte de lapin, déja, dans un coucou bourré de business man (le Sienne/ Paris de 18 h 10 un vendredi), on s'était retrouvé derrière les seul môme de l'avion, qui avait passé le voyage à dire "On va s'écraser Papa dis Papa dis hein et c'est quoi ce bruit bizarre Papa c'est les ailes qui marchent plus"...??
Moi la seule chose que je voudrais savoir, c'est si tous ces gens ont un jour dit, en se regardant dans les yeux avec connivence, "nous les nôtres, ce sera pas pareil, laisse moi te dire".
Chuuuuuuuuuuuut.
Je crois que tout le monde est à Palavas.
Du coup, Paris semble abandonnée aux touristes, y’a de la place en terrasse, y’a de la place pour se garer, y’a (parfois) de la place chez Fuxia en terrasse, c’est un peu dingue. Même le métro est presque désert et on peut tout à fait envisager de le prendre, voir même d’y avoir des conversations très personnelles sur son téléphone portable, au milieu d’une famille de néo zélandais gigantesques (vétus de couleurs en voie de disparition) qui égrènent en rigolant très fort le nom des stations de la ligne 2…
Et bien, vendredi, je suis montée – au radar, comme d’hab, je suis le genre à parler toute seule en secouant la tête – dans un wagon assez vide dont je me suis ensuite rendue compte qu’il était détourné en wagon-anniversaire. Tiens, me suis-je dit en levant un sourcil, quelle drôle d’idée. Il y avait donc des ballons accrochés un peu partout et une bande de gamines, mèches sur l’œil, slim taille basse et gloss paillettes distribuaient des fraises tagada et du Fanta à la ronde pendant qu’un vieux blaster crachait du Gilbert Montagné. A chaque station, elles informaient en piaillant les infortunés nouveaux arrivés que c’était l’anniversaire de Linda, 16 ans, et se trémoussaient dans la rame, sous le regard mi-amusé, mi-terrifié de trentenaires pas en vacances…qui se tenaient prudemment aux extrémités de la rame, accrochés au poteau.
Dans un premier temps, j’ai ronchonné intérieurement en luttant pour baisser le son de mon ipod, qui chougnait du Cat Power- Maybe not, désormais atrocement recouvert de Sunlight des Tropiques. Indigne. Sacrilège.
Ensuite, j’ai trouvé ça délicieusement frais et spontané, cet anniversaire comme ça et les ai couvert d’un œil maternel tout en gardant ostensiblement mon gros casque sur la tête, pour éviter tout contact humain inopiné– quand même. J’avais vu deux dames se parler à coté de moi alors qu’elles ne se connaissaient pas avant (diable) et ça, pour une Poulette parisienne, c’est très étrange.
Enfin, je me suis quand même dit « ah mais c’est très dangereux de faire ça, avec tout ce qu’on lit dans le Parisien et ce qu’on entend sur France Info…elles vont faire des mauvaises rencontres, se faire agresser peut être par des vieux dégoutants, mais que disent leurs parents, et les contrôleurs de la RATP, hein ?? meugneu meugneu »…tout en regardant ma montre pour être sûre d’avoir le temps de sortir la machine avant le début de Koh Lanta…
Vendredi soir, y’a pas que Linda qui a pris un coup de vieux, moi je vous le dis.
D'après mes savants calculs, depuis le 16 août 2007, j'ai non fumé :
- 6100 clopes
- 305 paquets (?!?)
- 30 cartouches et demi
Et du coup, non dépensé 1616,5 euros.
C'est diiiiiingue !
Hourra pour Poulette !
… Ne sont pas ceux que vous croyez. Je ne parle donc pas de la brune au physique de poupée gonflable et du minet parfait dont les aléas reproductifs font les choux gras de Voilà et autres.
Mais bien de mes deux héros à moi, qui ont la particularité de s’appeler Jones aussi. Ils ont probablement plus de 20 ans d’écart et le premier est entré dans ma vie quand j’étais toute petite. Henry Junior de son prénom, on le surnomme Indiana, qui est aussi le nom du chien. Je suis amoureuse de lui depuis 1985 (comme quoi je suis fidèle, quoi). Il a de très jolis yeux verts (j’ai gardé une passion pour les yeux verts, je les préfère mille fois aux bleus, je les trouve plus… sincères, moins froids. Alors que bizarrement, pour les cailloux, je préfère le saphirs, l’émeraude portant, parait-il, la mégapoisse, enfin bref).
Il a aussi un sourire ravageur carnassier
(oui, je sais, pas très inventif comme expression) et la chemise blanche - un
peu sale - très ouverte sur un poitrail musclé et viril qui a l’air de sentir
le sable chaud, le petit beurre, l’iode et le soleil. Miam. Miam.
La seconde, Bridget, est une sœur (ainée) dont je partage le maelstrom mental foutraque et pas bien rangé, les angoisses et les addictions. Tiens d’ailleurs, la preuve, si mon patron ressemblait à Daniel Cleaver (Hugh Grant), ben, moi aussi j’aurai pu chuter on the dark side of the moon. Bridget est entrée dans ma vie, et dans celle de quelques millions de filles en 1997, si je me souviens bien. Depuis, je l’aime d’amour. Il m’arrive régulièrement de penser à elle, notamment lors de situations plus ou moins humiliantes (une histoire de médecine chinoise et de ronfleur inconnu que je narrerai un jour), elle me soutient, quoi. Attention, je parle ici du personnage écrit, pas de son incarnation cinéma, grosse, tarte et carrément nunuche, quand la vraie Bridget possédait une réelle finesse d’esprit…
Ce qui est rigolo, c’est qu’on imagine assez bien que la seconde pourrait très bien rencontrer le premier, au Népal par exemple. Elle le collerait au milieu des serpents, le ferait tourner chèvre…et là ça commencerait probablement à ressembler à nos prochaines vacances à l’Homme et moi, puisque j’ai sottement accepté d’aller crapahuter au milieu des cimes cet été, toujours mue par l’espoir fou de l’épater et le persuader de l’intérêt de passer toute sa vie avec moi.
Je vois déjà les moqueurs imaginer Poulette, perdant toute dignité, le visage maculé de terre (chute malencontreuse en sortant de la tente), le short trop serré et les cheveux fous, insultant l’Homme du haut d’un gros caillou en le menaçant de rapatriement Europe Assistance, sous l’œil amusé d’une bande de joyeux polytechniciens partant gaiement, en chantant des yoddles, à l’assaut de la Dent du Guignol, équipés en tout et pour tout d’un K-Way et d’une barre Gatorade pour 8.
Ca va être chouette, tiens.
Mad world, Maybe not, I’m sailing, Breathe me, Say it ain’t so, The great gig in the sky, History, Playground Love, Hallelujah… Elles sont nombreuses, pourtant, les chansons qui m’inspirent. 3 premières secondes, un souffle passe et j’ai la chair de poule, parfois même envie d’éternuer (étonnant phénomène physiologique). Stupeur, appel, plongeon. Délicieuse nostalgie, vague tristesse, rêverie douce et douloureuse, onirique, émotive, inspirante. Autant de mondes parallèles, ceux de la création, ceux d’une autre vie qui pourrait être mienne si le frisson s’intensifiait, si la fièvre montait pour de bon, si je cessais de céder à l’envahissement et aux sollicitations du monde, si je cessais d’avoir peur. Si j’acceptais la mise à l’écart volontaire et pensive, la mort au monde, un instant, un risque. Si je saisissais l’élan. J’ai arrêté l’ipod dans le train pour une histoire de cable perdu et de flemme de renouveler les chansons. Mais, ailleurs, je n’arrive pas à me concentrer sur la musique, car tout dans le décor autour de moi est déjà colonisé (et trop habité), étrangement fixe et statique. Le mouvement de l’aspiration manque, cet alignement hypnotique des rails et des tags sur les murs du métro, cette danse, cette rythmique.
Ces chansons sont donc autant de mondes perdus.
Sur un gros grain noir et blanc, un homme aux sourcils noirs – qui tranchent avec sa chevelure blanche – grimace et s’agite derrière d’épaisses lunettes noires et carrées. Ces lunettes sont célèbres, au moins autant que l’homme qui les porte, puisque c’est Martin Scorsese himself. Mais c’est Woody Allen que l’on croit voir d’abord, tant il parle fort, hésite, semble mégalo, exigeant…C’est que l’homme prépare la captation d’un concert de charité donné par les Stones au Beacon Theater de New York. Exercice périlleux de spontanéité, d’autant plus qu’il ne parvient pas à obtenir le set dans le bon ordre. Du reste, il ne l’aura que 5 minutes avant les premiers accords…(et l’on assiste avant cela à la sélection des morceaux par Jagger, hésitant, dosant entre les tubes et les chansons moins connues…)
Shine a light est donc un concert très très privé des mythiques Pierres qui roulent, filmé par Scorsese. L’univers un brin clinquant, magistral, rappelle sans équivoque celui du génial Casino, les vitraux de chapelle de Las Vegas de l’arrière plan instaurant une ambiance mystique quasi religieuse qui sied parfaitement à cette « apparition » des dieux du rock…C’est une religion, une mystique, voilà ce que nous dit le film. Il faut voir le clan Clinton se presser pour saluer les idoles avec adoration. Scorsese lui-même n’est pas en reste de cette fascination, qui n’ose pas contrarier Mick Jagger. Un brin nostalgique aussi, le film propose en « entractes » des séquences d’interviews exhumées des archives du groupe, particulièrement de leur période la plus déjantée, celle durant laquelle, entre défonce et liberté sexuelle, les géants Stones défrayèrent la chronique de l’Angleterre puritaine (on savoure cette séquence télé qui met en scène la confrontation de Jagger, en tunique indienne, cheveux longs, déjà bien chargé, face aux tenants de la bienséance de l’époque : prêtres, philosophes et politiques, convoqués en exorcisme face à l’énergumène…).
Au-delà du plaisir du film (si vous n’aimez pas le rock, si vous n’êtes pas fan des stones, n’y allez pas par curiosité, ca dure 2 h 15 et ca joue fort…), ce que j’ai retrouvé, ce sont les racines de mon amour du rock. Un amour filial. Une passion pour le rythme, le son, qui remue le cœur et provoque une décharge d’adrénaline. Cette joie profonde, violente, cette excitation rebelle. Une nostalgie aussi, de « Get yer ya ya out » tournant sur la platine (la vraie, qui faisait crac crac, le diamant, Face A/Face B) de mon père. L’odeur du vinyl poussiéreux. Le gros casque qui tombait tout le temps. La maie en bois qui s’ouvrait par l’avant et le combi laser/vinyle de mon père. Les soirées d’été de collège à explorer ces trésors (Malicorne/ Ma Kelly and the Greasy Spoon / King Crimson surtout). Les mains de mon père qui frappait la volant en rythme sur la route des vacances (mon père est l’inventeur de l’Air Guitar, champion toute catégorie en indoor) et les blind test sur les Stones, les Who, Crosby, Stills etc. ou encore les Eagles. Une mythologie. Une passion pour Jack Kerouac, le rêve américain, le blues, les guitares, cette liberté d’une Road 66 sur laquelle tout était possible...que le rock symbolisait si bien. Qui nous a tant imprégnés, mon frère et moi, que cette passion continue de nous animer du fond des tripes. Lui est même un excellent guitariste qui fait la joie et la fierté de mon père quand il assistait, au premier rang, au concert de son fils maitrisant avec brio le solo de Thunderstruck (AC/DC)… Allez, on lève l’index et l’auriculaire, on lâche ses cheveux et on se fait un petit Gimme Shelter…
Or donc l’Homme et moi avons visité la Toscane pendant une semaine.
Si l’on excepte le fait qu’Air Fronce nous a surbookés à l’aller (« Madame peut monter mais pas Monsieur »…pardon ?????) et qu’on a atterri sur le flex et sous une pluie battante à Pise (où l’orage grondait dans une ville déserte, hum, sous un ciel bas et lourd, alors qu’à Paris c’était super shiny), et failli se tuer en s’écrasant (ben oui, quoi, c’est trèèèèès dangereux l’avion), ce fut un voyage très romantique et assez hors du temps…
Phil a agrippé le Guide du Routard et ne l’a plus lâché, le brandissant nuit et jour, conspuant à tout propos le Guide Bleu, le Guide Vert et autres, citant chaque page, déclamant les Où dormir, Où manger, Par la route…. Une vraie passion est née. Quand il m’avait fait le coup à Bruxelles, commentant chaque façade (attention, à lire avec un ton de curé de la messe de Pâques en province : « ce…..magnifique….. bas relief…. du….16e siècle) et m’entrainant dans les faubourgs de la ville (alors qu’on aurait été si bien à baffrer du chocolat dans le centre) j’avais cru à une passion passagère, mais que nenni. Phil est en phase avec le Routard. Comme lui, il a des embruns dans les cheveux, un petit côté roots, comme lui, il veut découvrir la vraie vie des autochtones. Comme lui, il est atteint d’une paranoïa très X-Files qui l’entraine à penser qu’on nous CACHE DES TRESORS CACHES. Comme le Routard, donc, Phil fouille, ouvre toutes les portes, va dans tous les culs de sac…En général, et c’est bon à savoir, les portes fermées cachent des extincteurs, pas des Raphael. Comme le Routard, Phil explore les ruelles (dans lesquelles il convient de se perdre, croyez quand même pas qu’on va se farcir les musées comme ces crétins de touristes, non ?) C’est comme ça que pendant que ces crétins de touristes succombent au syndrome de Stendhal devant les annonciations de Fra Angelico, nous, on pataugeait dans les ruelles sombres et glissantes de pluies, accrochés à notre parapluie. A un moment, quand même, dans une ruelle toute sombre et pleine de mousse et de papiers gras, à Sienne, j’ai, en quelque sorte, « loosé mes nerves » et ai commencé à me rouler par terre en hurlant que je voulais rejoindre la civilisation, que j’avais froid et faim et zuuuuuut, piétinant tous mes principes (qui consistent le reste du temps à ponctuer toutes mes phrases par « Mon amour ». Je vous le recommande, on obtient tout ce qu’on veut. Attention, il faut garder un ton d’hôtesse de l’air ronronnant. Faites l’expérience, c’est radical : « Il est tout pourri cet hôtel, je refuse d’y rester, t’es vraiment un gros radin pourri, Mon Amour ». Ca marche. Juré.) Et pour ceux, que ça a interpellé, une petite histoire sur le syndrome de Stendhal. L’écrivain, sortant de l’église Santa Maria Croce de Florence, se sentit soudainement faible. Ses jambes se dérobaient, il avait du mal à respirer, se sentait oppressé. Il s’assit donc sur une marche et y lut un poème, cherchant à retrouver dans les émotions du poète celles qui l’étreignaient à l’instant. Il reprit ses esprits au bout de quelques minutes. Ce syndrome fut par la suite identifié par une psychanalyste italienne sous le nom de syndrome de Stendhal, crises de panique frappant les touristes dans certaines villes d’art (principalement Florence), au contact d’un trop grand nombre d’œuvres magnifiques, religieuses ou mystiques, au point de créer une crise psychique violente. Il frappe principalement les jeunes femmes sensibles et créatives.
Et tenez-vous bien, le Routard y consacre tout un paragraphe, vous mettant en garde contre ce drôle de syndrome. Phil me l’a lu à haute voix et a eu l’air tout préoccupé. Ben oui, quoi, c’était dans le Routard, quoi.
Pendant mes vacances italiennes, les bouchons à l’entrée et à la sortie de Florence – parfois sous un genre de crachin dégueulasse, voir des trombes d’eau – ont beaucoup énervé Phil, qui pensait Dolce Vita, soleil, chianti, Monica Vitti et pas périph’ bouché, pollution, radio pourrie, essuies glaces.
Alors pour adoucir son humeur et sa conduite (tout au frein à main, pour manifester son mécontentement), j’ai décidé de lui faire la lecture (ça le berce). Comme je suis une nana extrêmement prévoyante (qui ne sort jamais sans un spéculoos de survie, par exemple, ou des lingettes démaquillantes, ou un briquet alors qu’elle ne fume pas, toutes choses qui lui seraient fort utiles en cas de guerre nucléaire ou d’attaque des chinois), j’avais justement dans mon sac King Kong Théorie de Virginie Despentes, en cas….d’attente.
Elle y développe avec une véhémence certaine sa théorie sur le féminisme, la pornographie, les phallo-miso-macho, le seske, bref.
Au milieu de ce pamphlet ancré dans une histoire personnelle douloureuse, puis une revanche, souvent jouissif dans la forme (ca parle cru, ca taille, ca tranche), l’auteur livre son analyse du film King Kong et des rapports de la Belle et de la Bête, entre animalité, sexualité et société des hommes. Elle y explique ainsi que ce n’est pas la sexualité qui est en jeu dans cette histoire. Entre la belle et la bête, point d’attraction sexuelle, point de sexualité, point de genre, point de séduction. Le Singe, selon elle, est une femme. Le Singe, c’est aussi la Femme dans la belle. C’est le côté sauvage, pur, naturel, ancré de la femme. Sa force, sa plénitude, son éternité. C’est à cette Femme sauvage salvatrice que l’Homme essaie d’arracher la Belle. La ramener à la civilisation et à son rôle, l’y enfermer, tuer la Bête immonde puisqu’il n’a pas réussi à la dompter, à l’asservir, à en faire le jouet de ses instincts mâles. La pourchasser, puis la tuer. Et épouser la belle, désormais débarrassée de la force qui lui permet de vivre sans lui et de se suffire à elle-même. Ben, là, whaou. Alors que je termine en parallèle les Femmes qui courent avec les Loups, de Clara Pincola Estes, l’écho entre les deux théories me parait tout à fait pertinent. Cette personnalisation d’une psyché féminine ancestrale et fondamentale, sauvage au sens propre, salvatrice et essentielle fait particulièrement sens. Et je sais que ce billet fera plaisir à Virginia, qui milite si ardemment pour la préservation de la Bête Sauvage….
Bien. Le parcours de la flamme olympique a été un gros fiasco, nous dit-on partout. Un ratage complet. C'est pas grave, pendant ce temps là, on apprend qu'il devient méchamment fashion de porter un badge qui proclame notre conviction qu'"un monde meilleur est possible", nous classant catégoriquement dans la catégorie des idéalistes forcenés déglingos qui n'ont peur de rien. La Chine peut trembler, moi je vous le dis, attention, on porte des badges. Je pense meme aller plus loin en lançant une série de badges révolutionnaires et carrément téméraires parmi lesquels : "non à la violence", "la guerre c'est mal", "la mort je suis contre", "si y'aurait moins de pauvres, y'aurait moins de misère (ça, c'est pas de moi), "la maladie, il faut lutter contre". J'espère comme ça dénoncer un maximum de méchants et rassembler plein de gentils avec moi...
Bon pour ton poil est blogger, il bloggue en Suisse et je ne l'aime pas (j'aime déjà pas Olivier Martinez, c'est dire) parce qu'il est plus drôle que moi, puisqu'il dit, à propos des badges aussi :
"Les Bisounours complotent pour envahir le monde. Ils ont déjà tenté de
prendre le contrôle de l’Elysée, mais il y a encore du boulot. Ils sont
organisés, dangereux. Leur but, instaurer la dictature du trop mignon."
C'est ici : www.bonpourtonpoil.ch et c'est hilarant...
