Aujourd’hui, chers amis, je suis révoltée et un peu dégoutée, aussi. Trop dég, quoi, dirait une ado à qui ses parents ont refusé de faire une dispense pour aller queuter au concert des moches Tokiohotel (qui font aussi vendre du maquillage, ça leur fait un point commun avec Mon blog de fille, par exemple). Ceci expliquant peut être cela. A force de lire des tonnes de blogs et des tonnes de commentaires chaque jour, il faut me rendre à l’évidence : les blogs de fille les plus populaires et les plus lus sont en fait des coquilles vides de sens et surtout, tendent à l’asepsie, puisqu'on y pratique une forme de censure et de bienpensance tout à fait révoltante. Vous me direz, merci pour la révélation. Bon, mais je vous le rappelle quand même, mon blog, n’a pas l’ambition d’être hype ou révolutionnaire, c’est un blog expérimental et vous êtes 3 à le lire (dont ma Maman, qui imprime pieusement chaque note pour la faire à ma grand-mère, ce qui explique le caractère chaste de l’engin depuis quelque temps J… ).
Or donc, sur les blogs de fille, on parle toujours de la même chose (les macarons dans des boîtes vertes, les robes fluides (trad : informes) qui boulochent alors qu’elles coutent 120 euros pièce, les ballerines Pinocchio, le maquillage avec un nom d’ordinateur, etc…). On s'engueule sur Marc Levy (?!) On dit du mal du métro, du bien du vélo, du mal du macdo, du bien du pesto. Parfois, on fait des matchs entre des produits, on compare, on fait des enquêtes de fond sur les autobronzants, on dénonce (mais on se rend compte en bas du billet qu’il était sponsorisé, donc payé par la marque que l’on teste). On parle de livres forts aussi (qui vont faire pleurer dans les commentaires), et puis de kilos (sujet porteur, adoré des trolls de tous poils et qui finit toujours par dégénérer)…et surtout, on se soutient, c’est important, entre filles. On dit du bien des gentils, du mal des méchants, on est très tolérantes (voir de vrais ayatollas de la tolérance). Adepte du contre-pouvoir revendiqué, on s’impose comme « l’anti magazines féminins », c'est-à-dire qu’on en lit et dit du mal (ceci dit, il y a matière, j'y reviendrai bientôt).
Chaque bloggeuse règne en maitresse sur sa cour (qui la flatte comme une reine des abeilles) et dicte ce qu’il faut penser, manger, porter, lire, acheter. De libre expression il n’est point : si vous n’êtes pas d’accord avec les prises de position de l’auteur sur la contenu de sa trousse à maquillage ou son opinion sur le short (– hé oui, les débats sont cruciaux), passez votre chemin. Si vous critiquez, vous serez traité d’hérétique ou pire, de troll puis exclu des commentaires. Au final, le fil de commentaires a donc l’air d'un Livre d'Or du comité de surveillance de Corée du Nord.Dans les commentaires réscapés et adoubés, c'est la catharsis : on pleure ou rit beaucoup, on a beaucoup les larmes aux yeux, même face à des textes pauvres ou un peu crétins. Bref, je me demande si les blogs de fille ne sont pas en train de commencer à ressembler à la télévision : du bon sentiment, du communautarisme décérébré, de la pub déguisée…
