ou Obsession sécuritaire + administration = chômage technique, ou presque.
Continuons ce matin, si vous le voulez bien, l’étude instructive des différents nuisibles peuplant la vie d'une chef de projet.
Aujourd’hui, « la hotline technique » de la World Company, dont le nom seul semble un mensonge effronté.
Ce matin, c’est typique, je suis coincée devant mon PC, à attendre l’appel téléphonique salvateur (autant qu’hypothétique, ne nous mentons pas, le 14 août) qui me permettra de récupérer le mot de passe de ma messagerie mail pro… Puisque j’ai changé de mot de passe mardi (sous la pression perverse de cette satanée bestiole qui voulait un mot de passe « plus complexe »). J’ai donc du mettre le prénom d’un animal domestique poilu et moustachu cher à mon cœur + un numéro pour le rendre ‘achement complexe, voilà. Pi j’ai oublié quel animal. Et quel numéro. Je comprends bien le souci de protection de mes données personnelles qui anime nos équipes techniques, ici, à la World Company (j’ai quand même quelques bannières hautement confidentielle dans les tuyaux, comme celle pour le salon pour la vente à distance là…)
J’ai appelé pour la première fois ce matin, vers 9 h. Et rappelé à 11 h d’une petite voix pour savoir où ça en était (arguant que je ne pouvais pas travailler). Dans les 2 cas, c’est le stagiaire du service technique (OMG) qui m’a répondu et assuré qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire, mais que les équipes étaient « débordées ». C’est sans doute lui, les équipes. Et les équipes n’ont pas terminé son démineur, sans doute. Mais au lieu de me mettre à lui hurler dessus comme une possédée en menaçant de jeter mon ordi par la fenêtre, je suis obligée de prendre une voix d’hôtesse de l’air contrite et soumise en espérant l’attendrir suffisamment pour qu’il abandonne sa conversation sur MSN avec son cousin de Beauvais et fasse les 2 manips nécessaires à la récupération de mon fichu MDP.
Vertigineux (ou très angoissant), le fossé entre l’hyper efficacité exigée (et payée) par nos clients : réactivité immédiate, disponibilité totale, techno efficace. Et la lenteur de nos services internes. Les menaces, comme les supplications glissent sur eux comme la rosée matinale sur le duvet d’un bébé canard.
Du coup, pendant que ca se tourne les pouces sévère, je visualise assez clairement les mails tomber dans ma boîte : blam, blam, blam, bourrés de corrections de virgules urgentissime -merci, d’échange de documents récapitulatifs de conduite de projet (étrangement contradictoires) à amender-valider très vite - merci , et de mails doucereux commençant par « merci de » et truffés de délais intenables…
Pendant ce temps aussi, tandis que le stagiaire commence à avoir faim et envisage le panini 4 fromages, il fait beau dehors.
Et moi, j’attends.
Le week end dernier m'a fourni une occasion supplémentaire de faire la preuve de mon exceptionnelle force de caractère face à Phil, récemment rebaptisé Monsieur MonMari. Toujours mue par le désir de lui plaire (et celui non moins négligeable de plaire désormais à ma belle famille...) j'ai étourdiement accepté de passer un week end dans les Alpes avec ses parents, pour ce qui d'après les explications passablement embrouillées de Phil, allait être un week end reposant émaillé de quelques promenades champêtres et bucoliques. Je nous avais imaginé poursuivant les papillons au milieu de prairies de cartes postales, boutons d'or et petits chavrous courant partout. Bien. Je dirais que mes doutes ont commencé au moment des bagages, quand il a commencé à bourrer sa valise de barres énergisantes, de chaussures de montagne, de couvertures de survie... et me conseillant de me munir de vêtements chauds qui ne craignent, de mes atroces chaussures de montagne (un de ses premiers cadeaux) et de shorts kakis. Ca avait un peu virilisé la carte postale, d'un coup.
A l'arrivée, ca a été le coup de massue. Mon beau père a sorti la carte IGN au début du dîner... Ensuite, tout s'est enchainé très vite. On s'est levé à 7 heures du mat' (j'ai poussé des gémissements qui auraient apitoyé une armée de mamelouks, mais pas Phil), un petit dej, mettre les chaussures, et hop... à l'assaut des cimes. En 48 heures, j'ai : gravi 500 mètres de dénivelé, traversé des ruisseaux (à 4 pattes, ce qui était déja assez humiliant, mais ma belle mère m'a ensuite annoncé qu'elle avait mitraillé mon exploit et que ca faisait "un super reportage". Pour la défense des handicapés ?), fendu des troupeaux de vaches, terrorisée, tandis que mon beau père, appuyé mort de rire sur une grand baton, faisait semblant de les tenir en respect en les incitant à se moquer de moi, déjeuné au refuge devant des plaques de neiges. Bien entendu, ce qui est fun avec la montagne, c'est que tu descends en 30 minutes, comme un cabri joyeux, ce que tu as mis 2 h 30 à gravir en ahanant comme un boeuf. Quand on sait que chez mes parents à moi, les vacances, c'est 15 jours de baignade/transat/villages provencaux escarpés, plage, soleil et anchoiade de la Garde Fresnet... j'ai comme qui dirait découvert une nouvelle dimension... Le deuxième jour, j'étais assez furibarde contre Phil, que j'ai maudit et invectivé toute la montée, me retournant tous les 20 mètres pour lui hurler dessus. Mue par la colère, j'ai grimpé cette fichue montagne à une vitesse record (malgré les indications floues de Phil : mais non, c'est juste derrière cette montagne... enfin, l'autre, plus haut...) A la descente (hyperglycémisée par une crèpe a sucre qui avait eu raison de mon sale caractère), j'ai oublié mes ray bans sur une pierre. M'en suis rendue compte 20 minutes plus tard, obligeant Phil à aller me les chercher (en courant)...
