Les filles de l’air
Bien. L’Homme et moi avons donc
passé une semaine sympathique sous les tristes latitudes portugaises et
pluvieuses, à boire trop de vino verde accompagné de morue desséchée sur lit de
patates à l’huile… M’est avis que les 3 prochains mois vont être très
« radis noir » style si je ne veux pas ressembler à un sketch dans ma
robe de mariée…
En ce qui me concerne, ce qui est bien, c’est que le moindre séjour hors de nos frontières, fut-il anodin, se transforme en décathlon, en raison des nombreuses phobies dont mes années de psychanalyse et un gros travail sur moi ne sont pas venues à bout : la peur des animaux empaillés (rend très excitante la visite de la maison de Dali à Cadaques), la peur des escaliers en colimaçon (un bonheur dans les beffrois de Sienne et consorts), la peur de l’ascenseur (New York, New York) etc., etc. Parmi elles, et non des moindres, une terreur de l’avion venue du fond des âges (et dont la lecture d’un épatant bouquin « vaincre la peur en avion » n’a pas non plus eu raison…). Seul conseil vraiment utile de l’ouvrage : se signaler à l’équipage, ce qui leur permet de passer vous voir régulièrement pour vous demander si « ça va ». Alors que, franchement, moi, ca ne va pas du tout, puisque je suis dans une boite en fer qui ne peut pas voler, à plus de 11000 mètres du sol, à 900 kilomètres/heure, et que ma vie ne tient donc qu’à un fil puisque le fait que ce machin ne s’écrase pas tient du miracle. Je passe donc le vol à sursauter au moindre trou d’air, avec du mascara jusqu’au genou, tout en pétrissant l’épaule de Phil qui essaye de relire une notice de turbine nucléaire tandis que je psalmodie « on va mourir dis on va mourir on peut pas mourir hein »… C’est chouette. Ca n’a pas loupé, d’ailleurs, au retour de Lisbonne. J’ai commencé à avoir peur deux jours avant, et au moment de monter dans l’avion, j’avais la patate du condamné. Il faut dire qu’en plus, on était arrivés en retard à l’enregistrement, ce qui veut dire qu’on avait 2 places séparées (mon menton a commencé à trembler) et comme on allait l’apprendre, au fond de l’avion, dans la partie « famille et garderie ». On notera donc que la malédiction n’avait pas faibli. J’ai commencé à menacer Phil de me mettre moi aussi à hurler tout de suite, ce qui l’a obligé à se démener pour nous trouver d’autres places dans l’avion (on a fait déplacer des gens, c’est tout, bon).
« Signale-toi » (et enlève tes dents de mon épaule), m’a répété Phil comme un mantra une fois qu’on a été assis. Bon. J’ai donc avisé une grande brune en bleu marine à qui j’ai chouiné « gné très très peur en navion, snirfllllllllllll ». Et bien, la dame et sa collègue ont été admirables : elles sont passé toutes les 3 minutes, un sourire immense scotché sur les mandibules, nous ont couverts de champagne et bière et whisky (mais oui) et m’ont même offert un jeu des 7 familles des animaux (pour les 3 à 5 ans)… ce qui fait que j’ai été bien occupée pendant le vol…
Pourtant, du fond des brumes cumulées de l’alcool et des oreilles bouchées, je n’ai pu m’empêcher de remarquer le sourire béat de l’homme… qui, en bout de rangée, profitait à fond de tous les passages des hôtesses qui se penchaient au dessus de lui pour prendre de mes nouvelles. « Gahh » a-t-il même dit (signe intense de contentement chez ce grand taiseux). « Ohhhhh, elle est beeeelle » a-t-il ajouté. Bref, c’était encore un peu Noël à ma gauche.
Pendant ce temps, à ma droite, (les gens sont gentils), y’avait une vieille dame marseillaise (dont les pieds ne touchaient pas le sol) qui après avoir entendu ma confidence à l’hôtesse, avait entrepris de détourner mon attention en me racontant A/ sa vie, B/ ses pires trajets en avion depuis 1949, C/ ses impressions sur le trafic au péage de Saint Arnoult à vue de nez (et depuis le hublot).
J’ai donc pris deux grandes
résolutions pour 2009 (dès ma descente d’avion et après avoir effectué une
danse rituelle de remerciements aux dieux devant le tapis roulant crachant les
bagages) : m’inscrire au stage Air France et ne plus jamais avoir peur en avion. Mais continuer à prétendre être terrorisée pour voir une joie
d’enfant illuminer les yeux de Phil à la vue d’une hôtesse de l’air
compatissante…Gaah.
