Début de soirée
Ça n’a rien d’extraordinaire. Ce n’est pas une histoire extraordinaire. Elle commence, comme beaucoup d’autres, dans une soirée d’amis d’amis. Le genre de soirée à laquelle vous allez en pensant rencontrer des gens nouveaux, en sachant très bien que ce ne sera pas vraiment le cas. Vous allez rencontrer des gens nouveaux, c’est à dire leur dire bonjour et puis au revoir et puis il est où le tire bouchon et c’est pris les toilettes, et finir écrasé dans un canapé avec votre meilleur pote, à reparler de votre dernière histoire qui ne s’est pas bien terminée. Ou à jouer à qui gagne combien, ou, si vraiment vous êtes dans une mauvaise passe, à dire du mal des gens. Cette fois ci, ça ne s’est pas passé comme ça, enfin pas exactement. Ils ont tous les deux rencontré quelqu’un. Et leur histoire a commencé. Ils n’ont jamais fêté cette date d’anniversaire. Ils n’ont pas forcément eu le temps de fêter grand chose… Cette rencontre ne porte pas en elle les prémices de ce qui s’est passé ensuite. Ce qui s’est passé, personne n’aurait pu le deviner, parce qu’aucun des personnages (je ne dis pas « héros », parce que, comme vous le verrez, il n’y a rien d’héroïque) de cette histoire ne se reconnaîtra dans quelques mois. Dans quelques mois, ils diront « si j’avais su ». Ils ont tort. Ils ne pouvaient pas savoir.
Pour le moment, il fait frais. Le ciel est rose et gris, et pâle. Il se découpe à la fenêtre d’un appartement haussmannien du 17e arrondissement. La musique couvre les conversations et tout le monde parle trop fort. Il y a une table poussée contre le mur, des bouteilles de rouge entamées, des bouchons qui traînent, des cendriers débordants, du guacamole et des crocodiles de toutes les couleurs. Il y a une vingtaine de personnes, vingt cinq peut être. Accoudé à une porte, y’a un garçon qui sifflote et qui fume, de longues bouffées inspirées et compulsives. La fille qui passe devant lui pour aller chercher une bière dans la cuisine l’a remarqué à la minute même où elle a mis un pied dans la pièce. Mais après, par réflexe, elle l’a ignoré, parce qu’elle ne le connaît pas et que de toute façon ce soir, c’est pas LE soir. Il y a quelque chose qui ne va pas dans sa tenue. Avant de partir, elle en a changé cinq fois. A la fin, elle a remis les affaires qu’elle avait toute la journée au bureau, c’est à dire un petit t-shirt noir un peu moulant, un jean et une paire de chaussures à talon, elle s’est remaquillée, reparfumée et basta.
