Blankets.
J’ai attrapé ce livre par hasard à la fnouc. En fait, je ne sais pas qui des deux a attrapé l’autre. Je flânais, oh délices, au rayon des indépendants de la BD et là, devant moi, il y avait un très gros livre blanc, au titre mauve pâle (blankets – manteau de neige), en vrac (c'est-à-dire orphelin et pas rangé avec ses frères et sœurs sous le nom de son créateur). Alors j’ai tendu la main.
Sur la couverture, 2 très jeunes gens timides, flottant dans des manteaux trop grand…sur un manteau de neige. J’ai tourné le livre pour y voir une jeune fille s’ébattre, en noir et blanc, sous les flocons, souriante, les yeux fermés. Au dessus de l’image, 2 phrases : « Je voulais le ciel. Et j’ai grandi en m’efforçant d’obtenir de ce monde…un monde éternel ». Et voilà. J’étais plus séduite par ces quelques mots simples, doux, idéalistes, enivrants, que par toutes les 4e de couverture chiantes, intellos, ou prétentieuses qui ornent les têtes de gondole, peuplées de best seller écrits pour nous flatter en nous donnant l’impression d’être cultivés.
Je voulais rêver, je voulais ressentir. Et c’est une merveille. Une autobiographie sublime et fragile. Le récit de l’enfance d’un petit garçon rêveur et délicat confronté à ses relations avec ses parents, son frère, les grands, les profs, les monstres, les méchants et… Dieu. Puis son adolescence et la rencontre de son premier amour. L’histoire qui se noue, la découverte des sentiments, l’attraction, les rêves, la ferveur, le délire, les doutes aussi. Un graphisme sublime, à fleur de peau, tendre et parfois violent. Une plongée dans l’Amérique profonde du Michigan des années 70 : catholique, étranglée de bigoterie, hypocrite, mais sublimée par l’amour qui anime ses familles. Un séjour enneigé et poétique.
Toute à l’heure, en cherchant de la musique pour accompagner la rédaction de ce billet, j’ai choisi Playground Love, de Air… Et impossible de ne pas voir combien cette chanson « aérienne », gaie et triste à la fois, incroyablement légère, évoque ces Manteaux de neige délicats. Premier amour, premier regard, douceur, mollesse de la neige et musique presque sourde…
Et pour une fois, Phil n’a rien à faire dans l’histoire. Ah, si, l’album de Air, c’est à lui.
Blankets - Manteau de neige. Craig Thompson, Casterman Ecritures, 2003.

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