Ah bah alors c'était hyper bien :
- 9 h 58 : Phil refuse de sortir, m'a obligée à me laver, aucune de mes cops ne m'a appelée depuis 15 jours, le chat est trop sage, tout est BIZARRE
- 10 h 02 : départ de la maison surprise avec Gaby, Julia, Emma, Yaël et Milka… hiiiiiiiiiiiiiiiii
- 10 h 04 : on monte dans la voiture pour destination super surprise qui ne me sera révélée qu'à l'arrivée…
- 10 h 04 et 02 secondes : Gab sort toute contente un plan en claironnant "ouais, le pan Paris-Deauville".C'est chouette, remarque, j'adore Deauville.
- 10 h 22 : un camion de la Poste lancé à pleine vitesse glisse sur le pavé mouillé nous emboutit Place des Ternes et nous pète le pare brise arrière
- 10 h 23 à 11 h 15 : on fait le constat sous la pluie, on a pas de traducteur tamoul, ca aide pas avec le chauffeur du camion...
- NB : 10 h 24 : Thibaut, le mari de Gab, a l'air épatamment calme à l'énoncé de la catastrophe...
- 11 h 16 : Aurianne et Claire ont fait demi-tour sur l'autoroute et viennent me chercher. Gab et Julia, héroïques, vont prendre le train.
- 12 h : on mange des madeleines en écoutant RFM. Claire est concentrée, je dirai... elle conduit !!
14 h : arrivée à Deauville, rdv avec TOUS les autres qui m'attendent au resto du Casino... dans lequel mes baskets et mon sac de rando font leur petit effet. Je négocie, on m'ouvre.
14 h 02 : j’embrasse tout le monde : 12 filles et le Guillaume, je me dirige vers un club sandwich…
- 14 h 03 : sauf que Maud me brandit une part de quiche tiède en me disant : t'as pas le temps, t'as un programme...
- 14 h 15 : une dame me masse au Spa de Deauville, je bave, je dors... merci les fiiiiiiilles (et Phil : dans mon sac, y'avait un maillot, une culotte, du gel douche, des chaussettes, des perruques, des masques... hein quoi ? pourquoi ? ...)
- 15 h : une dame autoritaire me demande de me mettre toute nue, devant une glace sous des néons blafards (je perds encore un peu de self estime), m'enduit le corps de boue d’algues de Bretagne ( ?), m’enveloppe comme un rouleau de printemps dans du film plastique (la boue s'étales sur mes cuisses dodues et palottes), puis dans un sac de couchage chauffant, me montre le bouton d’appel et part en éteignant la lumière…
- 15 h 15 : j’hésite à paniquer. La dame est partie
depuis longtemps. J’ai chaud, ca gratte, je sue, j’ai peur. Et si mon corps
était en train de fondre ? Et si la boue était radioactive ? Et si elle revenait plus parce qu'on dirait qu'on serait dans une faille de l'espace temps ? Hein ?
- 15 h 16 : Allons, allons, on écoute pas sa névrose… c’est un moment de DETENTE…ok ? Plein de gens vont au spa de Deauville sans paniquer. Bon.
- 15 h 30 : la dame est revenue ! la dame est revenue ! elle m’a déroulée comme un maki puant !! je me douche !! je revis ! ma peau n’es pas verte ni fondue !!
- 16 h : je flotte dans une baignoire avec des huiles essentielles de thym… mon corps fait chouip, pof, bleubleubleu, mais c’est délicieux.
- 16 h 08 : ah ! faut mettre les pieds SOUS la barre ! ah oui ! voilà !! là, ça masse les pieds (je me disais aussi : c’est très con ces jets qui servent à rien, hin hin)…
- 16 h 45 : je ressors, radieuse… tout le monde m’attend. Sophie et Milka doivent repartir… elles ont fait l’aller-retour pour me voir 3 minutes. Les louloutes !!
- 17 h : on débarque dans une super super maison à
Honfleur louée pour l’occasion… c’est grand ! c’est beau !! On dirait un décor de Chabrol (mais qui finirait pas en meurtre)
- 18 h à 22 h : on fait la popote toutes ensemble dans la couijine en picolant des mojitos menthe/fraise (plein) !! On se raconte nos vies, j’ai trop bu… je raconte des grosses conneries sur mes poils… sans voir que Julia filme derrière… hips, penser à choper Julia demain… hips
Guillaume, l’Homme, prépare le barbecue, en veste de quart, sous la pluie. Il a bien serré la capuche sur sa tête, comme dans le sketch. Il a de la buée sur les lunettes. C'est dommage, il rate toute ma tirade sur les poils...Estelle fait une pizza home made, Gab, une salade taxi, on ouvre le champagne…On est réunies ! Tout le monde s’entend bien ! On a plein de choses à se dire !
- 22 h… : Guillaume a préparé un blind test QUE pour moi (où j’ai le droit de répondre en premier). J’épate tout le monde : bourrée, une perruque sur le scalp, je trouve toutes les chansons, même Gotainer, même les plus pourries et je les braille à tue tête. Gab épate tout le monde en trouvant Tarzan Boy. Hum.
- 2 h : On va se coucher. On improvise une pyj party sur mon lit, on se raconte des histoires d’horreur et de maléfices. Gab décide dormir quand même toute seule dans le grenier.
- 4 h : je dors mal. J’ai l’impression qu’une petite fille chantonne sous le lit. Maud, pragmatique et terre à terre, ronfle, la bienheureuse.
- 4 h 01 : je réveille Maud : « t’entends la
petite fille ? ». J'esquive une baigne.
- 10 h : debout, debout, debout… on s’attable, on a faim !! Yaël fait même des scones !!
- 11 h 30 départ pour le char à voile. « Ouaaaais ! » « J’adooooore ça », je dis, « j’ai toujours révé d’en faire…ouais, trop bien, trop chouette !!! » Bien sur, le moniteur ressemble à Tarzan. On met les combis, j’ai l’air d’un pneu, on pousse des cris pour se motiver, ouais, yaha, tada, hinhin… Mais en fait tout le monde a peur.
-11 h 50 : le mono explique, accroupi. On a peur. « C’est facile », y dit. Mouais. Apparemment, quand meme, ca va vite. Mais c’est pas dangereux du tout si tu tournes AVANT la mer. Mouais.
- 12 h 16 : on s’élance. Je comprends pas, le truc, là, avec le vent. Tout le monde va à toute vitesse en riant, moi je m’ensable, le mono vient me chercher (DANS le char) et me déplace (DANS le char) et me dit de repartir (j’ai l’impression qu’il m’a mit une tape sur les fesses mentale, genre, « hop, la grosse, on arrête de chouiner, on se mouche, on décolle »). Oh ca va, hein.
- 12 h 45 : cramponnée à cette saloperie de foc/bout de ficelle… je fonce sur Julia qui parle avec Tarzan, à pied. Je crie, je lâche tout, elle a juste le temps de sauter sur le côté avant l’impact. Le moniteur s’avance pour me remettre dans le chemin (claque sur les fesses mentale en préparation) mais je saute hors du charriot de l’enfer avant et lui rends les rênes. Julia, mal assurée, remonte dans l’engin, guidée par Tarzan.
- 12 h 47 : Julia s’assoit avec moi sur les rochers et allume une clope. Hum. Devant nous, les autres continuent à faire des wizz en riant de joie. Je ne suis pas faite pour le bonheur.
- 13 h 30 : on repart… direction maison, puis Paris. Mes copines ne font pas de commentaires. Je les aime, c’est mes copines…
Ensuite, on a déjeuné et on est reparties… et mes copines sont des reines des saintes, des meufs de ouf !!
La semaine prochaine, nous verrons comment Phil a chanté « Que je t’aime » au karaoké de Clermont Ferrand pour son EVG à lui….
Quand j'étais gamine, ou ado, la rue des Martyrs était uniquement une chanson dans laquelle il y avait un bar tabac avec une salle dans laquelle on s'adonnait à tout un tas d'activités répréhensibles, et c'était le repaire des Garçons Bouchers. Aujourd'hui, c'est un microcosme bobo et polissé, le fameux "village" que recherche tout parisien dans les magazines. J'y ai atterri par hasard.
Pour éviter de passer mes journées assises comme une loque sur mon moche siège gris qui tourne du bureau (accoudoirs ajustables, modèle Dilbert 1987), j'ai pris l'habitude de descendre à pied à saint lazare le matin, par tous temps, à toute heure. Mon MP3 vissé sur les oreilles, je dévale donc l'avenue Trudaine, puis la rue des Martyrs, au milieu des mamans en retard, dont les bottes fauves claquent sur le trottoir, des papas qui portent les trottinettes (une sur chaque épaule), des heureux petits derniers qui rentrent avec maman à la maison en poussette pendant que les grands sont à l'école. Petites têtes blondes ou brunes parfois récalcitrantes, aux tignasses encore emmelées trainant la patte en se dévissant la tête sur les vitrines. Tous les matins, ainsi, je croise aussi et dans l'ordre :
- les gamins du lycée, en grève plutôt au moment des exams. Trainent en grappe de BB Brunes en se claquant les mains. Certains petit déjeunent d'un panini-nutella au café d'en face (la chance), à 4 sur un seul café, les filles sur les genoux des garçons, se roulant des grosses pelles à la Marl*boro
- les balayeurs. Qui ne balayent pas, mais commentent l'actu ou le foot de la veille. Ou les nouveaux horaires, sur un banc au soleil.
- les différents miroirs devant lesquels je me retire le maquillage au kleenex (ce que c'est que d'avoir une salle de bain aveugle) : la papèterie, le cinebank abandonné, Franck Provost... je m'ausculte sans concession, devant l'oeil amusé des vieux qui reviennent du "pain".
- la vitrine de la patisserie Delmontel, presque indécente, remplie de gâteaux vernis comme au vinyle, fluos, bombés, de cakes surchargés de fruits glacés de sucre, de tartes simples aux prunes, cannelle, citron, framboises.
- le café du coin, rempli de mères de famille qui ne bossent pas, hyper lookées, qui fument en mitaines chicos en commentant le prix des baraques à Belle Ile. J'ai envie de m'asseoir, de sortir un bouquin, de humer le soleil, le nez en l'air.
- le minuscule libraire/presse, et le clodo alcoolique qui lui fait la conversation TOUS les matins sans exception, le gros rouge à la main, la trogne toute rouge aussi du coup (ce libraire est un saint). Pourtant, il a disparu quelques jours, ca m'avait un peu inquiétée...
- les fruits et légumes, 3 ou 4 grands gaillards joyeux au milieu de tonnes de fruits magnifiques et hors de prix dont je me nourris au maximum les yeux (figues dodues, fraises luisantes, asperges délicates...)
Rue Saint Lazare, ensuite, la procession triste des roms, se déployant, suivi de petits chiens joyeux et sages qui doivent rapporter plus que les enfant (le bourgeois se lasse vite). Me rend incroyablement triste tous les matins.
- la boutique d'antiquités. Ouvre plus tard, mais en collant mon nez à la vitre, j'y ai déja vu : un oeuf d'autruche géant, un squelette d'anatomie, des fauteuils bleu roi, des palettes de peintre, vernies et belles déjà comme des tableaux, un crocodile empaillé, des cages à oiseaux en bois de toutes les couleurs, des cartes anciennes...
- l'église de la Trinité, et ses petits vieux qui devisent sur les bancs du jardin, bordées de cerisiers du japon dont la floraison est un enchantement.
Ensuite, ensuite c'est la gare et sa civilisation grouillante, pressée, stressée, ces amas devant les tableaux d'affichage, ses annonces déceptives... mais je monte toujours dans le train munie de toutes ces images, de cette vie qui va et m'habite encore pour quelques minutes...
Ça n’a rien d’extraordinaire. Ce n’est pas une histoire extraordinaire. Elle commence, comme beaucoup d’autres, dans une soirée d’amis d’amis. Le genre de soirée à laquelle vous allez en pensant rencontrer des gens nouveaux, en sachant très bien que ce ne sera pas vraiment le cas. Vous allez rencontrer des gens nouveaux, c’est à dire leur dire bonjour et puis au revoir et puis il est où le tire bouchon et c’est pris les toilettes, et finir écrasé dans un canapé avec votre meilleur pote, à reparler de votre dernière histoire qui ne s’est pas bien terminée. Ou à jouer à qui gagne combien, ou, si vraiment vous êtes dans une mauvaise passe, à dire du mal des gens. Cette fois ci, ça ne s’est pas passé comme ça, enfin pas exactement. Ils ont tous les deux rencontré quelqu’un. Et leur histoire a commencé. Ils n’ont jamais fêté cette date d’anniversaire. Ils n’ont pas forcément eu le temps de fêter grand chose… Cette rencontre ne porte pas en elle les prémices de ce qui s’est passé ensuite. Ce qui s’est passé, personne n’aurait pu le deviner, parce qu’aucun des personnages (je ne dis pas « héros », parce que, comme vous le verrez, il n’y a rien d’héroïque) de cette histoire ne se reconnaîtra dans quelques mois. Dans quelques mois, ils diront « si j’avais su ». Ils ont tort. Ils ne pouvaient pas savoir.
Pour le moment, il fait frais. Le ciel est rose et gris, et pâle. Il se découpe à la fenêtre d’un appartement haussmannien du 17e arrondissement. La musique couvre les conversations et tout le monde parle trop fort. Il y a une table poussée contre le mur, des bouteilles de rouge entamées, des bouchons qui traînent, des cendriers débordants, du guacamole et des crocodiles de toutes les couleurs. Il y a une vingtaine de personnes, vingt cinq peut être. Accoudé à une porte, y’a un garçon qui sifflote et qui fume, de longues bouffées inspirées et compulsives. La fille qui passe devant lui pour aller chercher une bière dans la cuisine l’a remarqué à la minute même où elle a mis un pied dans la pièce. Mais après, par réflexe, elle l’a ignoré, parce qu’elle ne le connaît pas et que de toute façon ce soir, c’est pas LE soir. Il y a quelque chose qui ne va pas dans sa tenue. Avant de partir, elle en a changé cinq fois. A la fin, elle a remis les affaires qu’elle avait toute la journée au bureau, c’est à dire un petit t-shirt noir un peu moulant, un jean et une paire de chaussures à talon, elle s’est remaquillée, reparfumée et basta.
Autour d’eux, les gens commencent à partir. Derrière leurs lunettes Gucci, carrées, à monture épaisse qui ont ruiné leur mutuelle ruineuse, leurs yeux paraissent minuscules, bouffis. Mais l’effet recherché est réussi : ils ont vraiment l’air de travailler dans la pub, alors ça vaut le coup…Ils s’embrassent, se disent « on s’appelle la semaine prochaine pour caler un rendève, ca va être un peu chaud niveau planning avec ma prèze de vendredi (ça veut dire « présentation client sur une compétition pub », c’est à dire 3 « propales » sur « katapack » soutenus par une copy strat sur power point, le tout trimballé aux aurores en taxi par un stagiaire zelé qui pense que c’est le kif de sa vie)… mais on pourrait se caser un ciné» - en fait, aucun ne sera disponible et ils reporteront tout ça au retour des vacances de ski, à moins qu’ils ne se croisent au café du coin à Boulogne la semaine prochaine et ce sera charmant, ce petit café en terrasse au débotté… On en oubliera presque que l’actuelle copine de truc baisait avant avec machin, etc. )… Eux ne bougent pas. Comme tous les célibataires parisiens, ils ont une journée glandouille assez chargée demain avec un ou deux impératifs comme aller à la laverie ou rendre le thriller de mercredi chez Vidéozoom en argumentant auprès de la blonde de la caisse pour pas trop payer de supplément… Faire 2 ou 3 courses à la con chez Attac, un peu de sport (une obligation parisienne typique, tout le monde est inscrit mais personne n’y va vraiment, par réflexe infantile- pas d’obligations, on en a déjà assez au bureau -, ou un rendez-vous pour se faire épiler... Le café de 17 heures avec le pote ou la copine déprimée (c’est à dire fraîchement larguée par Antoine, à 29 ans, alors qu’elle regardait déjà les 50 m2 dans le 18e… ou le pote au chômage dont les deux ans de stage chez Publicis n’ont pas débouché sur le CDI tant attendu, tant par lui que par ses parents, lassés de raquer tous les mois pour leur grand fils de 28 ans, et qui marne aux assedics en glandant devant la télé), la bière de 19 h avec la sacro-sainte bande de potes, le dîner de 21 h - pas trop cher- et le plan boîte/ péniche/ soirée privée/ incruste à la pendaison de crémaillère d’un pote de pote…Donc aucun d’eux n’est pressé… Par réflexe, la fille se dit « je dois partir la première ». C’est mieux. Alors elle dit qu’elle part, commande un taxi par téléphone, a 7 mn avant son arrivée, rediscute un peu avec lui, descend 10 minutes plus tard et le taxi n’est plus là. C’est qu’en 10 minutes, il s’est passé pas mal de choses. Elle a attrapé son sac et sa veste, fait un tour rapide pour dire au revoir et merci. Et elle l’a aperçu à ce moment-là lui faire signe, toujours de la chambranle de la porte. Elle s’est approchée, est entrée avec lui dans la pièce et il l’a attirée vers lui, lui a attrapé le visage, et l’a embrassée. Un baiser compulsif, un peu maladroit et assez irréfléchi qui l’a laissée sur sa faim, secouée.
Vendredi soir, je n'avais envie de rien, à part dépenser de
l'argent futilement et compulsivement pour compenser une intense frustration au
boulot (trop de trucs à faire en même temps, trop d'énergie dépensée
inutilement, trop de dysfonctionnements tous azimuts, trop, trop trop aussi de
lâcheté personnelle)...
Dans les couloirs de la
Défense, que nous arpentions Phil et moi, la carte bleue au
vent et l'index tapeur de code à l'affut de l'inutile bien de consommation, régressif
et consolatoire, nous sommes tombés sur des amis. Qui allaient au cinéma. Alors
comme on est jeunes et fous, on les a suivis :)
Gran Torino est un film splendide qui ressemble et c'est bien triste, à un
testament. Au fond du Midwest et de ses banlieues abandonnées à la violence des
bandes, le racisme et la ségrégation interraciaux, l'acteur compose un
personnage a priori détestable, vieil homme acariâtre accroché à ses valeurs et
à ses souvenirs (parfois douloureux, d'ancien combattant du Vietnam) dans un
monde qu'il déteste parce qu'il ne le comprend pas (et c'est réciproque). Les
circonstances vont l'obliger à nouer des liens avec une famille vietnamienne
vivant dans la maison d'a côté...Magnifique, donc, l’évocation de la guerre et
des blessures qu'elle laisse aux hommes, de sa confrontation à la religion, et
donc de la nécessaire rédemption (américaine), du sacrifice, de la fatalité et
de la justice des hommes. Magnifique, cette magie de conte moderne qui traverse
le film comme un souffle, quand au contraire toute l'esthétique, tout le
détail, est presque trivial.
Mais plus que tout, pour moi, la force du film repose sur l'évocation poignante de la transmission. La supériorité de la reconnaissance des âmes sur celle du sang. A l'aube de nos vies, qu'aurons-nous transmis et à qui ? Qui prendra soin des trésors de notre vie, qui prolongera notre présence, celle de notre corps (ce véhicule, ce corps) ou de notre âme (animal) ? Qui les incarnera ? Qui fera vivre notre souvenir au delà de la mort ? Qui sera le garant de ce que nous avons, nous, préservé du temps ? Qui aura pour nous les paroles apaisantes qui nous réconcilieront avec nous-mêmes à la dernière heure quand l’incompréhension et l’incommunicabilité ternissent nos rapports avec nos enfants ? Confession miroir (la première, inutile, par un prêtre dans le confessionnal, la seconde face à un enfant prisonnier d’une grille)… Le film est si riche et vaste que je préfère m’en tenir là, mais vous enjoins à aller vous nourrir aussi, de la richesse et de l’espoir magnifique qui portent le film.
Bien, bien.
Après des mois d’un lobbying intensif dont le succès me fait regretter de n’avoir pas davantage insisté pour me trouver un poste à la Commission, l’Homme m’a très adorablement et officiellement demandé d’être sa FEMME (la femme de l’HOMME, donc). Ce qui est beaucoup plus classe que de l’épouser, je trouve… Phil et moi allons donc nous unir, tadam, devant monsieur le maire, puis devant monsieur le curé, encore plus tadam.
La réussite de l’opération « harcèlement » est si totale que mes copines et collègues m’ont conseillé d’écrire un livre afin de partager ma technique. J’hésite encore, même si les royalties pourraient certainement m’être profitables (une robe de mariée coûte la peau des yeux, pour un bout de tissu qu’on met 1 fois et dans lequel on ne rentre plus jamais, mais qui s’étiole gentiment – avec nos idéaux sur l’HOMME en question, dans la naphtaline, merci… bref).
La joie passée, l’ampleur de la tâche m’a sauté aux yeux.
(Et je ne parle pas de ce rêve dans lequel le maire nous disait, depuis un siège de juge de tribunal : « vous êtes mariés » avec un bouche énorme et toute rouge et pleine de dents et en nous postillonnant dessus et qui m’a réveillée en sursaut et en sueur… aheum).
Pourtant, sur le plan de l’organisation, les soutiens et bonnes volontés sont nombreux (notamment au sein de la famille, enfin disons, de nos chères mamans, que le projet a tout bonnement galvanisées ). Au bureau, en ville, tout le monde s’implique, interroge votre robe, vos couleurs, votre musique, votre traiteur… Vous vous sentez follement important, désirable, romantique. Votre mariage est une affaire d’état. Cela devient très tentant, d’ailleurs, de péter un plomb pour devenir complètement tyrannique et mégalo…En ce sens, les centaines de guides, magazines, bouquins, sites internet qui fleurissent vous flattent les mauvais instincts. On traque le détail, on surenchérit dans le cucul, on met des cœurs roses partout et des bons sentiments en veux-tu (en voilà)… on vous gave de conseils et d’avertissements (gare au retardataires, attention aux faux pas…). Leurs forums sont squattés par des minettes hystériques (et un peu débiles).
Bref, c’est l’horreur.
Mais surtout, cette aventure dans laquelle vous vous embarquez à deux (avec courage, je crois), devient un truc banal et inintéressant.
Car cette littérature et plus généralement, notre société (surtout en période de crise) veut nous faire croire que le mariage, c’est surtout une affaire de centres de table et de bons sentiments.
Alors qu’en fait, c’est un engagement spirituel, physique, psychologique sans égal pour lequel il n’existe aucune littérature… Pour preuve : en bonne littéraire, à peine l’Homme relevé de sa demande (au champagne s’il vous plait), j’ai couru à la Fnouc me munir des tous les guides et bouquins nécessaires à la préparation de cette nouvelle vie (et non de ce grand jour).
Rien.
Rayon mariage, certes, mais aussi rayon Psychologies, Guides Spirituels, Guides Pratiques. Rien. Esotérisme ( ?). Rien. Cuisine, bricolage, jardinage ? Tourisme ?! Rien. Des guides sur les centres de tables, réalisez vous-mêmes votre robe (mais ouais), des faire parts par millier, etc, etc.
Mais de livre sur l’engagement, sur le don de soi, sur la relation à l’autre, sur l’accord, point.
Je me propose donc d’inaugurer ici une série de billets dédiés qui vous feront part, au fur et à mesure, de mes réflexions sur ce sujet…
Et qui sait ? Peut être matière un jour… à un livre ?
Régine Pernoud, c’est moi.
Bien. L’Homme et moi avons donc
passé une semaine sympathique sous les tristes latitudes portugaises et
pluvieuses, à boire trop de vino verde accompagné de morue desséchée sur lit de
patates à l’huile… M’est avis que les 3 prochains mois vont être très
« radis noir » style si je ne veux pas ressembler à un sketch dans ma
robe de mariée…
En ce qui me concerne, ce qui est bien, c’est que le moindre séjour hors de nos frontières, fut-il anodin, se transforme en décathlon, en raison des nombreuses phobies dont mes années de psychanalyse et un gros travail sur moi ne sont pas venues à bout : la peur des animaux empaillés (rend très excitante la visite de la maison de Dali à Cadaques), la peur des escaliers en colimaçon (un bonheur dans les beffrois de Sienne et consorts), la peur de l’ascenseur (New York, New York) etc., etc. Parmi elles, et non des moindres, une terreur de l’avion venue du fond des âges (et dont la lecture d’un épatant bouquin « vaincre la peur en avion » n’a pas non plus eu raison…). Seul conseil vraiment utile de l’ouvrage : se signaler à l’équipage, ce qui leur permet de passer vous voir régulièrement pour vous demander si « ça va ». Alors que, franchement, moi, ca ne va pas du tout, puisque je suis dans une boite en fer qui ne peut pas voler, à plus de 11000 mètres du sol, à 900 kilomètres/heure, et que ma vie ne tient donc qu’à un fil puisque le fait que ce machin ne s’écrase pas tient du miracle. Je passe donc le vol à sursauter au moindre trou d’air, avec du mascara jusqu’au genou, tout en pétrissant l’épaule de Phil qui essaye de relire une notice de turbine nucléaire tandis que je psalmodie « on va mourir dis on va mourir on peut pas mourir hein »… C’est chouette. Ca n’a pas loupé, d’ailleurs, au retour de Lisbonne. J’ai commencé à avoir peur deux jours avant, et au moment de monter dans l’avion, j’avais la patate du condamné. Il faut dire qu’en plus, on était arrivés en retard à l’enregistrement, ce qui veut dire qu’on avait 2 places séparées (mon menton a commencé à trembler) et comme on allait l’apprendre, au fond de l’avion, dans la partie « famille et garderie ». On notera donc que la malédiction n’avait pas faibli. J’ai commencé à menacer Phil de me mettre moi aussi à hurler tout de suite, ce qui l’a obligé à se démener pour nous trouver d’autres places dans l’avion (on a fait déplacer des gens, c’est tout, bon).
« Signale-toi » (et enlève tes dents de mon épaule), m’a répété Phil comme un mantra une fois qu’on a été assis. Bon. J’ai donc avisé une grande brune en bleu marine à qui j’ai chouiné « gné très très peur en navion, snirfllllllllllll ». Et bien, la dame et sa collègue ont été admirables : elles sont passé toutes les 3 minutes, un sourire immense scotché sur les mandibules, nous ont couverts de champagne et bière et whisky (mais oui) et m’ont même offert un jeu des 7 familles des animaux (pour les 3 à 5 ans)… ce qui fait que j’ai été bien occupée pendant le vol…
Pourtant, du fond des brumes cumulées de l’alcool et des oreilles bouchées, je n’ai pu m’empêcher de remarquer le sourire béat de l’homme… qui, en bout de rangée, profitait à fond de tous les passages des hôtesses qui se penchaient au dessus de lui pour prendre de mes nouvelles. « Gahh » a-t-il même dit (signe intense de contentement chez ce grand taiseux). « Ohhhhh, elle est beeeelle » a-t-il ajouté. Bref, c’était encore un peu Noël à ma gauche.
Pendant ce temps, à ma droite, (les gens sont gentils), y’avait une vieille dame marseillaise (dont les pieds ne touchaient pas le sol) qui après avoir entendu ma confidence à l’hôtesse, avait entrepris de détourner mon attention en me racontant A/ sa vie, B/ ses pires trajets en avion depuis 1949, C/ ses impressions sur le trafic au péage de Saint Arnoult à vue de nez (et depuis le hublot).
J’ai donc pris deux grandes
résolutions pour 2009 (dès ma descente d’avion et après avoir effectué une
danse rituelle de remerciements aux dieux devant le tapis roulant crachant les
bagages) : m’inscrire au stage Air France et ne plus jamais avoir peur en avion. Mais continuer à prétendre être terrorisée pour voir une joie
d’enfant illuminer les yeux de Phil à la vue d’une hôtesse de l’air
compatissante…Gaah.
N'en déplaise à ceux parmi mon (nombreux) lectorat qui sont affublés de moutards de diverses tailles et âges et trouvent ça mégagénial d'élever des petits d'hommes pour le bien de l'humanité, l'Homme et moi subissons depuis notre rencontre une malédiction épouvantable qu'il me soulage de partager.
Où que nous allions, à partir du moment où c'est un endroit dont on ne peut pas trop s'enfuir (train/cinéma/avion/plage), dès que nous sommes installés, c'est systématique, un ou plusieurs gamins démoniaques et leurs parents débordés se collent à nous immédiatement.
La semaine dernière, en villégiature estivale au bord de l'eau dans le Sud (trad = ayant passé une semaine à cuver le cubi de rosé pour faire glisser l'anchoiade sur la plage), le destin s'est acharné.
Le mardi, tiens. A peine avait-on posé un coin de fesse sur nos serviettes (précautionneusement de bonne heure et au beau milieu d'une plage à presque déserte) qu'un placide maitre nageur est arrivé, flap, flap (bruit des tongs rouges, signe du devil sans doute), trainant une ligne d'eau. L'Homme a levé un sourcil derrière le Canard. Le maitre nageur est entré dans l'eau. Il a posé sa ligne à 10 mètres à gauche de ma serviette, a décrit un arc de cercle puis a terminé de la poser à 10 mètres de la serviette de Phil). Puis est reparti. Phil avait pas reposé sa tête que 50 gamines sont arrivées en hurlant et en se tirant les nattes devant nous, où elles ont commencé à s'ébattre... Le reste de la plage était toujours désert.
A plusieurs reprises, du reste, la malédiction a frappé : plage à moitié déserte, Phil et moi, bien installés. Ouiiik, bruit infernal de poussette précédent invasion de famille allemande de 4 enfants qui commencent tout de suite à chouiner, avant de passer carrément aux hostilités...en sautant sur leur mère tous ensemble (la pauvre essaie de se défendre et proteste mollement alors que les monstres s'assoient sur sa tête en riant comme des damnés et elle, elle dit "Kevin, oh, Kevin arrète, tu fais mal à Maman, pendant que l'autre rigole encore plus en lui mettant des claques sur les fesses ?!?)
Le samedi, dans le train, en 1ère, c'est Ainoha, 18 mois, qui a passé le voyage à nous traiter de "crotte de caniches" en riant comme Chucky depuis le siège avant, nous filant des coups de pied par en dessous et parcourant la rangée en tombant tous les 3 mètres (boum/ pleurs interminables/consolation bruyante de maman via paquet de chips/ cracracrac/bruits de courses/hurlements genre croates massacrés par les serbes...). 4 heures ça a duré.
Lors de nos dernières vacances, dans l'avion du retour, alors que j'égrennais des Pater Avé en caressant une patte de lapin, déja, dans un coucou bourré de business man (le Sienne/ Paris de 18 h 10 un vendredi), on s'était retrouvé derrière les seul môme de l'avion, qui avait passé le voyage à dire "On va s'écraser Papa dis Papa dis hein et c'est quoi ce bruit bizarre Papa c'est les ailes qui marchent plus"...??
Moi la seule chose que je voudrais savoir, c'est si tous ces gens ont un jour dit, en se regardant dans les yeux avec connivence, "nous les nôtres, ce sera pas pareil, laisse moi te dire".
Chuuuuuuuuuuuut.
Je crois que tout le monde est à Palavas.
Du coup, Paris semble abandonnée aux touristes, y’a de la place en terrasse, y’a de la place pour se garer, y’a (parfois) de la place chez Fuxia en terrasse, c’est un peu dingue. Même le métro est presque désert et on peut tout à fait envisager de le prendre, voir même d’y avoir des conversations très personnelles sur son téléphone portable, au milieu d’une famille de néo zélandais gigantesques (vétus de couleurs en voie de disparition) qui égrènent en rigolant très fort le nom des stations de la ligne 2…
Et bien, vendredi, je suis montée – au radar, comme d’hab, je suis le genre à parler toute seule en secouant la tête – dans un wagon assez vide dont je me suis ensuite rendue compte qu’il était détourné en wagon-anniversaire. Tiens, me suis-je dit en levant un sourcil, quelle drôle d’idée. Il y avait donc des ballons accrochés un peu partout et une bande de gamines, mèches sur l’œil, slim taille basse et gloss paillettes distribuaient des fraises tagada et du Fanta à la ronde pendant qu’un vieux blaster crachait du Gilbert Montagné. A chaque station, elles informaient en piaillant les infortunés nouveaux arrivés que c’était l’anniversaire de Linda, 16 ans, et se trémoussaient dans la rame, sous le regard mi-amusé, mi-terrifié de trentenaires pas en vacances…qui se tenaient prudemment aux extrémités de la rame, accrochés au poteau.
Dans un premier temps, j’ai ronchonné intérieurement en luttant pour baisser le son de mon ipod, qui chougnait du Cat Power- Maybe not, désormais atrocement recouvert de Sunlight des Tropiques. Indigne. Sacrilège.
Ensuite, j’ai trouvé ça délicieusement frais et spontané, cet anniversaire comme ça et les ai couvert d’un œil maternel tout en gardant ostensiblement mon gros casque sur la tête, pour éviter tout contact humain inopiné– quand même. J’avais vu deux dames se parler à coté de moi alors qu’elles ne se connaissaient pas avant (diable) et ça, pour une Poulette parisienne, c’est très étrange.
Enfin, je me suis quand même dit « ah mais c’est très dangereux de faire ça, avec tout ce qu’on lit dans le Parisien et ce qu’on entend sur France Info…elles vont faire des mauvaises rencontres, se faire agresser peut être par des vieux dégoutants, mais que disent leurs parents, et les contrôleurs de la RATP, hein ?? meugneu meugneu »…tout en regardant ma montre pour être sûre d’avoir le temps de sortir la machine avant le début de Koh Lanta…
Vendredi soir, y’a pas que Linda qui a pris un coup de vieux, moi je vous le dis.
D'après mes savants calculs, depuis le 16 août 2007, j'ai non fumé :
- 6100 clopes
- 305 paquets (?!?)
- 30 cartouches et demi
Et du coup, non dépensé 1616,5 euros.
C'est diiiiiingue !
Hourra pour Poulette !

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